Il y a quelques années, l’idée d’une formation d’audioprothésiste en reconversion ressemblait pour beaucoup à une impasse : trois ans à temps plein, passage obligatoire par Parcoursup, et places limitées par un numerus clausus. Aujourd’hui, une autre voie est possible : celle d’une formation qui permet aux étudiants de conserver leur emploi actuel. Pour cela, FAE a mis en place un partenariat avec l’école Vedruna à Berga en Espagne. La formation se déroule en ligne pour les matières théoriques et comprend 6 weekends de pratique en présentiel. Ce guide décrit le parcours réel, étape par étape, permettant de suivre cette formation d’audioprothésiste en reconversion.
Le point de départ : pourquoi la formation française ne convient pas aux actifs
La profession d’audioprothésiste est réglementée par le Code de la santé publique (articles L4361-1 à L4361-11). Pour exercer en France, il faut soit détenir le Diplôme d’Etat d’Audioprothésiste (DEA) français, soit obtenir une autorisation d’exercice après procédure officielle. Le DEA se prépare sur trois ans en présentiel intégral, avec un recrutement via Parcoursup généralement destiné aux bacheliers.
Pour un professionnel en activité, ce format implique l’interruption de ses revenus pendant trois ans. C’est rarement viable. C’est ce blocage précis que la voie européenne résout, sans contourner les exigences de qualité.
Avant la rentrée : six mois de préparation administrative
La plupart des candidats sous-estiment ce qui précède la rentrée. La voie espagnole exige deux démarches préliminaires que les organismes sérieux signalent dès la première prise de contact.
La CREDENCIAL
C’est l’homologation du baccalauréat français par les autorités espagnoles. Cette démarche peut parfois prendre plusieurs mois. Elle doit être entamée en parallèle de l’inscription, pas après. FAE accompagne ces étudiants dans cette démarche.
L’inscription et la sélection
Les organismes sérieux demandent une lettre de motivation, parfois un entretien. Le prérequis académique est un baccalauréat général ou technologique toutes filières, sans exigence de profil scientifique. La sélection porte sur l’engagement, la cohérence du projet, la capacité à gérer une formation en parallèle d’un emploi.
Première année : apprendre à distance sans décrocher
La rentrée se fait en septembre. Les cours théoriques sont accessibles sur plateforme en ligne 24h/24, dispensés en français. Le volume horaire atteint environ 2 000 heures sur les deux ans de formation. Concrètement, la première année couvre les bases de l’audiologie clinique : anatomie de l’oreille, physique du son, audiométrie, pathologies auditives, législation du secteur.
Six weekends par an, l’étudiant se rend à l’école Vedruna Berga en Catalogne pour les travaux pratiques. Ces sessions sont encadrées par des professeurs français : audioprothésistes, médecins ORL, orthophonistes. Ce ne sont pas des formateurs locaux traduits : ce sont des professionnels du système de santé français, qui forment pour un exercice futur en France.
En parallèle, des stages se déroulent en France dans des laboratoires d’audioprothèse agréés par les ARS. Ces 15 semaines de terrain, réparties sur les deux ans de formation, sont l’endroit où les gestes cliniques s’acquièrent pour de vrai : moulages d’oreille, audiométrie tonale et vocale, réglage d’appareils auditifs sous supervision.
Deuxième année : monter en compétence et préparer la suite
La deuxième année approfondit les aspects techniques : audiologie pédiatrique, appareillage des surdités sévères et profondes, implants, troubles du traitement auditif central. Les technologies embarquées dans les aides auditives modernes (intelligence artificielle, connectivité, capteurs) font partie intégrante du programme.
En juin, les étudiants présentent un mémoire de fin d’études devant un panel d’experts. C’est une évaluation sérieuse, pas une formalité : études de cas, recherches appliquées ou innovations en techniques audiologiques. C’est aussi ce mémoire qui conditionne en partie l’obtention du diplôme.
Le coût total du cursus standard est de 14 000 EUR sur deux ans (7 000 EUR par année). Pour les candidats qui souhaitent comparer les programmes disponibles, la Formation d’audioprothésiste en reconversion proposée par FAE détaille le programme complet, les tarifs, les témoignages de diplômés et les réponses aux questions fréquentes sur le fonctionnement de la formation à l’école Vedruna Berga.
Après le diplôme : la procédure DREETS et les stages compensatoires
L’obtention du diplôme espagnol Técnico Superior en Audiología Protésica marque la fin de la formation. Ce diplôme est reconnu dans toute l’Union européenne au titre de la directive 2005/36/CE. Pour exercer en France, une autorisation d’exercice auprès de la DREETS de sa région est obligatoire. Cette étape est souvent la moins bien anticipée.
Le calendrier est le suivant : dépôt du dossier généralement en septembre, passage en commission cinq à six mois plus tard. La commission prescrit des stages compensatoires : laboratoire d’audioprothèse (6 à 9 mois), service ORL, stages chez un fabricant d’appareils. Le total représente environ un an de stages supplémentaires.
Certains organismes proposent une troisième année optionnelle pour accompagner précisément cette phase, à un tarif d’environ 3 500 EUR. L’objectif est de sécuriser les démarches DREETS et d’éviter les blocages administratifs qui peuvent retarder de plusieurs mois l’entrée en exercice. Un diplômé témoigne : « J’ai obtenu mon autorisation d’exercer tout juste un an après être passé en commission. » C’est le calendrier réaliste pour les dossiers bien préparés.
Ce que le parcours donne comme résultats : données concrètes
Depuis 2019, FAE a accompagné environ 480 étudiants dans ce parcours. Le taux de réussite moyen au diplôme espagnol atteint 97 % depuis la création. France Travail recensait 2 110 offres d’emploi sur 12 mois pour le métier en 2025, avec un marché qui s’est rééquilibré depuis mi-2024.
Un autre témoignage de diplômé résume l’enjeu opérationnel de la formation : « Je suis arrivé en tant qu’étudiant et ressorti en vrai audioprothésiste fonctionnel immédiatement. » C’est le signal que recherchent les candidats en reconversion : pas seulement un diplôme, mais une compétence immédiatement valorisable.
Un parcours exigeant, un résultat concret
La formation d’audioprothésiste en reconversion par la voie espagnole n’est pas un chemin de facilité. Elle exige trois à quatre ans de travail rigoureux, une gestion simultanée de la formation et d’une activité professionnelle, et une procédure administrative sérieuse à la sortie. Ce qui change pour ceux qui la réussissent, c’est la nature de l’arrivée : un métier de santé réglementé, techniquement solide, ancré dans une réalité démographique favorable, avec une compétence opérationnelle réelle dès les premiers mois d’exercice. C’est ce que les chiffres confirment. Et ce que les témoignages disent mieux que les données.